Entrevue avec Fabrice Berreur

Habitués à interviewer pin-up et autres figures de la communauté vintage, une fois n'est pas coutume, pour cette nouvelle version de notre site internet et de ce blog, nous sommes aller à la rencontre du fondateur des magazines Pure Vintage, Pure Pin Up et de Pure Vintage Radio. Fabrice Berreur revient sur les origines, le devenir et le quotidien de cette aventure humaine de passionnés pour les passionnés.

Fabrice, qui êtes-vous ? D'où venez-vous ?

Et nous pourrions ajouter avec humour où allez-vous et jusqu'où irez-vous ?

Par où commencer sans pour autant raconter toute une vie... Je vais avoir 50 ans dans quelques jours, je suis originaire de Besançon (Doubs) et suis revenu vivre dans la région. Je suis diplômé d'une école de photographie et audiovisuelle. Je pourrais dire "pionnier" des radios libres dans les années 80, animateur radio dès l'âge de 12 ans, voix-off pour la publicité et passionné de musique, ça m'a conduit dans les années 90 a gérer plusieurs boutiques de disques sur Paris puis reporter photo pour la Sécurité Civile avec une découverte du métier de graphiste qui m'a orienté vers l'imprimerie et plus généralement le milieu des arts graphiques où j'ai évolué durant vingt ans. Actuellement chef d'entreprise toujours dans ce domaine.


avec Matt Pernot, Rédacteur-en-Chef Pure Vintage

Graphiste, photographe...

d'où l'idée du lancement du magazine en 2013 ? Et pourtant vous n'êtes pas du tout issu de la communauté vintage ?

Ah oui j'avoue, je ne suis pas un "vintager". L'aventure a commencé à l'été 2013 lors d'une banale concentration automobile, durant laquelle j'ai réalisé quelques photos avec des pin-up présentes au milieu des monstres rutilants, j'ai fais l'agréable rencontre de Matt Pernot, alors photographe, qui deviendra plus tard Rédacteur-en-Chef de Pure Vintage et dans l'ensemble c'est un peu par hasard, juste par envie de mettre à la disposition de cette communauté à laquelle je n'appartenais pas, tout mon savoir-faire technique de graphiste, ayant constaté l'absence de toute revue spécialisée en France.

Avec MystiMiss lors de la sortie du premier numéro.

On m'a beaucoup ri au nez au début, les puristes m'ont descendu dès que j'ai lancé l'idée d'un magazine se demandant qui était ce trublion qui débarquait mais fort heureusement, des personnes de confiance bien implantées dans la communauté comme la créatrice MystiMiss (chère à mon cœur) ont adhéré d'emblée et à peine quatre mois après, le premier numéro était paru. Aucun opportunisme dans cette démarche, en tout cas pas dans un but lucratif. Je dirais même à la base du pur plaisir égoïste à créer un magazine, de voir sortir mon travail en réel et bien sûr faire plaisir aux gens. Le public et toute une équipe ont suivi donc ce n'est que du bonheur.

C'est aussi pour ça que j'ai parfois les larmes aux yeux quand je vois ce que fait toute mon équipe, pour faire perdurer ces magazines. Suivre un type comme moi dans ses projets fous, un type parfois désagréable et exigeant tellement je cherche l'excellence, ils sont souvent livrés à eux-mêmes mais malgré tout toujours derrière pour épauler, franchement chapeau !

Je leur dit merci et même si je ne le dis pas assez souvent, je suis très fier d'eux...


Les membres actifs de l'association et intervenants extérieurs.

Vous évoquez l'aspect "non lucratif", les magazines évoluent sous forme associative. Une raison particulière ? Des avantages ? Des inconvénients ? La raison principale de la gestion associative c'est parce qu'une telle aventure ne peut pas être rentable sous forme d'une entreprise. Vouloir se lancer dans l'édition presse de nos jours est une douce folie. De nombreux magazines, y compris de gros titres connus, mettent la clé sous la porte chaque année avec la pression de devoir "faire du chiffre" pour survivre.

Je dirais que nos avantages deviennent des inconvénients. Nous n'avons pas la pression de faire du chiffre puisque nous sommes tous bénévoles. Dans le même temps c'est un inconvénient, on ne peut pas demander à un bénévole la même chose qu'à un salarié. On travaille tous pour l'association sur notre temps libre, qui pour certain est restreint et se limite à quelques heures par mois seulement. Nous aimerions par exemple pouvoir fournir un service aux lecteurs digne de professionnels mais c'est impossible, le temps nous manque et nous sommes parfois mis en cause pour notre manque de réactivité car les lecteurs sont exigeants, c'est parfaitement normal et je dirais même flatteur, car c'est une preuve que nous avons réussi notre mission : plaire tellement au public que celui-ci en oublie que nous ne sommes que des amateurs.


Miss Gwladys, Emmanuel Lambert et MystiMiss

Nous éditons nos revues seulement quand nous avons le budget nécessaire et pas avant. C'est là qu'apparaît un autre inconvénient, il nous est compliqué de respecter les délais de parution car parfois nous ne parvenons pas à réunir le budget nécessaire pour imprimer alors on retarde jusqu'à obtenir assez de pré-ventes ou alors trouver de nouveaux annonceurs jusqu'au dernier moment. Pas mal de nos lecteurs sont opposés au système de pré-vente et attendent la parution pour commander, c'est dommage car si tout le monde comprenait combien les pré-ventes sont essentielles, nous n'aurions jamais de retard lié au budget.


Voulez-vous dire que l'association ne réalise pas de bénéfices ?

Quasiment pas en effet. Les ventes de chaque numéro engrangent une recette qui couvre seulement un tiers des frais de fabrication du numéro suivant, les deux tiers restant doivent être couverts par les nouvelles pré-ventes et les publicités et ainsi de suite à chaque numéro. C'est tendu. À cela s'ajoutent l'assurance annuelle obligatoire pour nos membres lors de nos activités, les frais de gestion de notre boutique en ligne, les frais liés à notre webradio, les frais Paypal prélevés sur chaque vente encaissées et il y a toujours quelques euros inévitables pour notre communication également. Toutes les autres dépenses sortent de la poche de chacun de nos membres.

Quand nous sommes sur un événement, ceux-ci paient leur carburant pour s'y déplacer, leur hébergement, leur nourriture, croyez-moi il faut sacrément être passionné et motivé.

Nous allons devoir trouver des sources complémentaires de revenus pour faire évoluer les choses.


Une petite partie de l'équipe lors de l'American Tours Festival 2019.

Malgré tout, au bout de six ans vous êtes toujours là !

Oui, comme je l'ai dit, pas de pression d'objectif donc tant que nous aurons des lecteurs intéressés et une équipe qui gardera le cap sans baisser les bras, nous pourrons faire paraître nos magazines.


Pourquoi lancer Pure Pin Up en 2018, une seconde revue, alors que vous parvenez tout juste à faire vivre Pure Vintage ?

À part le surplus de travail de création et mise en page de deux revues au lieu d'une, il n'y a pas plus d'inconvénient de budget étant donné que, bien que très proches dans le thème, ce sont deux lectorats différents et pour l'instant Pure Pin Up enregistre de bons résultats et pourrait sans doute devenir le nouveau moteur de notre association. Celles et ceux qui achètent Pure Pin Up n'achètent pas forcément Pure Vintage et inversement. Beaucoup ne se retrouvaient pas dans le contenu du premier magazine donc nous avons fait évoluer PV vers plus de musique et moins, voire plus du tout, de sujets "féminins" pour les passer dans PPU et nous avons eu raison de le faire. Pure Vintage Magazine conserve tout ce qui est reportages événementiels, de la musique, des articles de fond et un soupçon de pin-up. Pure Pin Up Magazine est tourné vers les pin-up au sens large (modèles, style de vie, créateurs de mode, photographes spécialisés, burlesque, ...), l'ambition est une reconnaissance au niveau international, nous sommes sur la bonne voie.


D'autres évolutions de prévues pour Pure Vintage Magazine ?

Oui, à partir du numéro 21, nous passons en semestriel et non plus au trimestre. La première raison est le budget annuel de fabrication divisé par deux et la seconde nous aurons plus de temps à consacrer à la mise en page car n'oubliez pas que tout se fait sur notre temps libre et nous en avons de moins en moins. Une troisième raison est que cette année, la crise sanitaire plombe considérablement notre budget, nos rares annonceurs n'ont plus les moyens de nous soutenir. Pure Pin Up tâchera de garder un rythme de parution de 3 à 4 mois d'intervalle mais sans garantie aucune, là encore les pré-ventes seront déterminantes.


Qui réalise les mises en page des deux magazines ?

C'est désormais moi à 99 %. Je gère également tout l'aspect administratif, l'imprimerie, les commandes, les expéditions, le site internet, la webradio... vous comprenez le manque de temps que j'ai évoqué. C'est là aussi un inconvénient de l'association, nos membres sont disséminés un peu partout en France et en Belgique, beaucoup de tâches nécessitent une centralisation et elle ne peut se faire qu'au siège de l'association, c'est-à-dire chez moi. Internet nous rend tous proches et permet le télétravail sur le contenu des magazines mais je demeure seul sur mon secteur pour les tâches les plus gourmandes en temps donc je suis ...débordé, justifiant notre passage de parution au semestre.


Studio principal en cours de construction. Le matériel technique mis en oeuvre n'est pas acheté sur le budget associatif mais financé par des fonds privés et mis à disposition gracieuse de l'association pour les besoins de la radio.

La webradio parlons-en. Le projet fonctionne ? Ah oui ça fonctionne bien ! À la base comme je vous l'ai expliqué en introduction, je suis un "enfant de la radio", un passionné de ce média, il était essentiel que je transmette cette passion mais ça va au-delà d'un souhait personnel. Ma démarche est globale. Il n'était pas concevable de proposer des revues sur l'univers vintage sans être présent aussi avec un média qui distille l'essence même de cette communauté : la musique !

La webradio d'une manière générale est en passe de détrôner les radios FM. On veut désormais pouvoir écouter strictement ce que l'on aime. La musique dématérialisée est désormais entrée dans les moeurs, toutefois les plateformes bien connues font moins recette et l'auditeur souhaite autre chose, c'est là que la webradio thématique entre en jeu. C'est comme une playlist personnelle que vous auriez pu concevoir sauf que derrière il y a de vraies personnes qui vous proposent des choses inattendues, qui vont au-delà de vos envies en vous diffusant des musiques que vous n'auriez pas pensé écouter de vous-même ou dont vous ne soupçonniez pas l'existence parfois.

Je suis fier de Pure Vintage Radio. J'ai été disquaire et acquis une grosse culture musicale de la période 1970/2000 mais je n'ai à la base strictement aucune connaissance des styles diffusés à l'antenne. Alors quand en à peine quelques années, on obtient près de 20 000 auditeurs mensuels qui vous disent que la programmation musicale est extra, qu'ils ont définitivement délaissé les webradios renommées, en place depuis plus longtemps que nous, alors oui je suis fier de cette réussite et heureux qu'elle puisse contribuer aux efforts de l'équipe des bénévoles !

Pour la programmation musicale, je suis désormais épaulé par André Leroy, le chroniqueur musique du magazine, qui m'aiguille dans mes choix pour l'évolution de la playlist.

Fabien Hubert dans le studio secondaire

Fabien Hubert (alias DJ Rockin' Cat) a rejoint notre équipe à l'été 2019, il est d'un grand soutien et grâce à sa motivation sans faille et d'excellentes idées, nous mettons sur pied des stratégies pour faire évoluer l'antenne dans les mois qui viennent.


Quelles évolutions envisagez-vous

pour Pure Vintage Radio ?

Tout d'abord, l'apport de plus d'un millier de nouveaux titres en playlist pour cette année afin de renouveler le roulement et ne pas lasser. Nous assurons la présence de James Riley notre DJ américain qui assure son show chaque samedi matin et envisageons le recrutement de nouveaux DJ et podcasteurs pour agrémenter nos journées.

Ensuite, commencer à réaliser des directs. Dans un premier temps, une fois par mois, une session de mix live que nous distillera Fabien en plus de son podcast hebdomadaire du vendredi soir. Notre DJ "maison" tentera également de mettre en place des lives vidéo dont il a testé le concept avec réussite durant le confinement. Celui-ci prévoit également avant cette fin d'année, la création d'une émission riche en anecdotes et archives sonores. Nous envisageons également, quand la vie aura repris un cours normal, des interventions en direct à l'antenne depuis les événements où nos magazines sont présents. Emporter notre studio mobile sur place, réaliser des interviews, diffuser des concerts live. Mettre aussi en place des rubriques de type agenda sonore. Le tout dans un format court pour faire vivre l'antenne tout en minimisant l'impact sur la quantité de musique diffusée qui doit rester primordiale pour ne pas que l'auditeur zappe. Pure Vintage Radio a un gros potentiel et je pense qu'il se révélera cette année.


Avez-vous d'autres projets avec l'association ?

C'est maintenant que je dois répondre à la seconde partie de la première question, à savoir jusqu'où j'irai... n'est-ce pas ? Tout d'abord avant les projets, j'ai deux engagements administratifs et personnels à tenir. À savoir, assurer de manière plus rigoureuse le service aux lecteurs en augmentant la réactivité à leurs demandes, la rapidité des expéditions ainsi que plus de présence et de soutien pour mon équipe. Ensuite côté projets réels, nous envisageons l'organisation de soirées concert-dansantes propulsées par Pure Vintage, permettant quelques revenus complémentaires qui viendront faire perdurer notre association et nos médias. Une manière également d'appréhender les aspects de l'organisation événementielle à petite échelle afin d'être aguerris quand viendra le moment de lancer notre festival que nous avons sous le coude depuis 6 ans.


Nous avons également un gros travail à faire sur notre chaîne Youtube qui n'est que balbutiante, ça va bouger ! Dans l'idéal, des tutos divers, des interviews, des reportages, des captations vidéo de concerts. Cela demande du temps et un certain savoir-faire technique dans le montage vidéo, personnellement je me forme pour cela en ce moment pour être opérationnel.

Je prépare aussi la sortie de Oldies Magazine, une nouvelle revue consacrée à la culture pop sur la période 1960-1990, la suite logique de la démarche de l'association Culture Vintage, élargir nos médias à toutes les décennies. Vous en saurez plus avant les fêtes de fin d'année. Dans le même temps, au niveau radio, une seconde station sera créée, ça ne sera pas au détriment mais en complémentarité de Pure Vintage Radio. Ce ne sera pas le même public, elle sera tout aussi rétro mais ne sera plus ciblée principalement sur le rockabilly mais sur la variété pop en diffusant le meilleur des années 1950-1990 avec pour objectif rêvé de passer du statut de webradio à radio FM, un travail énorme nous attend.

Une conclusion ? Une personne raisonnable dirait qu'il serait préférable de se consacrer à un seul projet pour le sublimer plutôt que de se disperser mais je vois les choses plus globalement. L'objectif est de conduire nos médias en haut du tableau. Acquérir le statut de spécialistes de la culture vintage sur toutes les époques avec la folie de rester association à but non lucratif. Avec Pure Vintage et Pure Pin-Up, nous sommes dans une niche assez restreinte. En élargissant à d'autres décennies, nous toucherons un public plus large tant au niveau lecteurs-auditeurs que point de vue des annonceurs, ils sont le nerf de la guerre pour envisager faire perdurer l'ensemble de nos médias.

C'est donc tout un ensemble de projets associatifs que je vois avancer simultanément, le plus rentable soutenant les plus "faibles" mais sans jamais en abandonner aucun.

Avec autant de projets sous le coude, on ne reste pas spectateur mais acteur, la meilleure façon de se savoir en vie !



Nous vous proposerons dans les semaines à venir de découvrir les autres membres de notre équipe, à travers des portraits-interview comme celui-ci. À suivre...

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